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El Main : figues, saison bénie

mercredi 8 septembre 2004

Abondance Cet été, la récolte de bakhssis, considéré comme le fruit du pauvre en Kabylie, est satisfaisante. Les Kabyles dégustent ce fruit délicieux et conservent des quantités importantes pour les consommer en hiver.

Des quatre saisons, l’automne est la saison préférée des paysans de Kabylie, car elle signifie abondance des figues fraîches, le régal assuré pour tout le monde, y compris pour ceux qui ne possèdent pas de figuiers.
Considéré comme le fruit du pauvre et une offrande de la providence, le bakhssis ne se refuse pas à celui qui le demande, sous peine d’encourir la malédiction par manquement à la générosité ancestrale, tant il est admis, depuis la nuit des temps, que les fruits appartiennent à tout le monde et les arbres à personne. Cependant, la cueillette des figues se doit d’être régulée de manière à permettre à tout le monde d’en profiter le moment venu. En effet, vers la mi-août, à l’apparition des figues précoces, il est encore de tradition que tadjmaït (conseil du village) décrète la daâwa, une sorte de défense de procéder à la cueillette pendant quinze jours, durée nécessaire pour la pleine maturation du fruit.Tout gourmand qui viendrait à enfreindre cet ukase s’expose au paiement d’une amende symbolique, juste ce qu’il faut pour lui rappeler que l’égoïsme n’a pas droit de cité au sein de la communauté.

A la levée de cette interdiction patiemment attendue, il est enfin permis de goûter à ce fruit défendu à l’annonce faite par le tamen (le sage) sur la place du village, les gens vont aux champs, tôt le matin, cueillir les figues couvertes de rosée scintillante et laissant échapper une coulée « de miel », stimulant l’appétit. « Les fruits cueillis sont soigneusement entassés dans des corbeilles en osier, avant de les rapporter à la maison pour les déguster en famille.

Il existe plusieurs variétés de figues, toutes aussi succulentes les unes que les autres, celles qui se dégustent en l’état, en tant que dessert ou laxatif. Les fruits trop ramollis sont transformés en compotes, alors que les boules ratatinées serviront d’alimentation au bétail. Une partie des récoltes sélectionnées parmi les fruits les plus résistants, est séchée au soleil sur des claies en roseau, avant d’être conservées dans des amphores akoufi pour leur consommation en hiver, en les trempant dans de l’huile d’olive. L’excédent de la consommation est destiné à la commercialisation. Les recettes tirées de la vente servent à honorer une partie des dépenses consenties pour l’entretien des figuiers. Si en cette période toutes sortes de fruits garnissent les étals, l’engouement pour la dégustation des figues fraîches demeure néanmoins sans concurrence et ce, même chez des citadins auxquels des proches offrent des corbeilles. Lakhrif mérite bien son attribut de régal, ceux qui ne peuvent se payer un fruit exotique ont toujours la possibilité de se gaver de figues.

Même le chacal aurait, dit-on, béni cette saison. Meurtri par la famine de l’été, il lui est loisible de se rassasier de ce fruit, tant il lui suffit de se mettre sous un figuier et d’attendre que l’offrande lui tombe sur le museau.

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