Ilmayen, petite kabylie

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Lakhrif, un don de la providence

mardi 16 août 2005

Lakhrif symbolise l’abondance des figues fraîches et la période la plus propice pour les pauvres de se régaler.

Des quatre saisons que Dieu a créées, celle de l’automne ou lakhrif est assurément la préférée par les paysans de Kabylie en ce qu’elle signifie abondance de figues fraîches et bombance garantie pour tout le monde, y compris pour ceux qui ne possèdent pas de figuiers.
Considéré comme le fruit du pauvre et une offrande de la providence, le tabakhssist ne se refuse pas à celui qui le demande, sous peine d’encourir la malédiction par manquement à la générosité ancestrale, tant il est convenu, depuis la nuit des temps, que les fruits appartiennent à tous et que les arbres ne sont à personne.

Cependant, pour permettre à tous les gens de se régaler de ce fruit le moment venu, il convient d’en réguler la cueillette : vers la mi-août, à l’apparition des figues précoces, il est encore de tradition dans beaucoup de villages que tadjmaâth instaure la daâwa défendant à quiconque de procéder à la cueillette pendant une quinzaine de jours, le temps nécessaire pour l’arrivée des fruits à pleine maturité. La daâwa veut que tout gourmand qui viendrait à l’enfreindre s’expose au paiement d’une amende symbolique, infligée juste pour rappeler qu’on ne transgresse pas impunément les règles de vie communautaire.

A la levée de cette interdiction, moment attendu patiemment, il est enfin permis de goûter à ce « fruit défendu ». En effet, dès l’annonce faite par le tamen (le sage) sur la place du village, les gens s’en vont dans les champs à une heure matinale cueillir les figues toutes couvertes de rosée scintillante et laissant échapper une coulée de miel stimulant l’appétit. Les fruits cueillis sont soigneusement entreposés dans des corbeilles en osier tressées par les mains expertes de vanniers, avant de les ramener à la maison pour la cérémonie familiale de dégustation.

Il existe plusieurs variétés de figues, toutes aussi succulentes les unes que les autres. Il y a celles qui se dégustent en l’état, sous forme d’apéritif ou de laxatif selon qu’elles soient prises avant ou après les repas. Les fruits trop mûrs sont transformés en compotes exquises, alors que ceux rabougris par la canicule serviront d’appoint pour l’alimentation du bétail.

Une partie des récoltes, sélectionnée parmi les fruits les plus résistants, est séchée au soleil sur des claies en roseau, avant d’être conservée dans des amphores pour sa consommation en hiver avec de l’huile d’olive. Le surplus de récolte sera vendu, l’argent obtenu servira à couvrir une partie des frais d’entretien des figuiers.
Si en cette période estivale, le marché abonde de divers fruits, il n’en demeure pas moins que le goût de ce fruit du terroir continue de tenter les palais les plus exigeants. En tout cas, quand le melon, le raisin, la pomme, la pêche et autres fruits de saison sont affichés à des prix inaccessibles pour les bourses modestes, il est toujours possible de se gaver de figues, tant il est dit que lakhrif signifie régal. Même le chacal aurait béni cette saison. Echaudé par la famine de l’été, il lui est possible, l’automne venu, de se rassasier de ce fruit. Il lui suffit, dit-on, pour faire bombance, d’aller sous un figuier.

A.P.S.

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