Ilmayen, petite kabylie

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Lemlah oufouss (pourboire au bon vouloir)

Aarav amouchedlouh moutmelahdh ara adifouh

mercredi 2 juin 2004

En général, en remettant les clés, ils glissent discrètement un billet ou une pièce dans la main d’un des préposés à l’accueil, ce qui en bon kabyle s’appelle "lemlah oufous", mais c’est à leur bon vouloir. Cela fait dire à Mokrane, les yeux pétillants d’une vive intelligence, cette phrase succulente : "Aârav amouchedhlouh, moutmellahadh ara adhifouh." Dans la petite gargote, on peut y prendre un hors-d’œuvre, des frites, des sardines ou des œufs au plat pour une somme très modique, mais si vous ne pouvez pas payer, ce n’est pas pour autant qu’on vous laissera le ventre creux.

La formation des talebs dans la zaouïa est également gratuite. C’est le hammam qui y pourvoit. Les apprenants, dont le nombre avoisine la centaine, ne paient qu’un droit d’entrée de 1 000 dinars et sont logés et nourris gratuitement pendant tout leur cycle de formation. Quatre à cinq cheikhs payés par le ministère des Affaires religieuses y enseignent awal Rebbi (la parole de Dieu).

Le hammam, qui reçoit en période estivale entre une vingtaine et une trentaine de familles par jour, remplit une double fonction. On y vient pour solliciter la baraka de Sidi Yahia et prendre un bain de cure thermale censée guérir tous les maux, y compris les plus tenaces. Quand, par exemple, une femme mariée reste désespérément stérile malgré les efforts soutenus de son mari, elle vient implorer le saint homme, patron du lieu. Un marabout, de préférence marié et père de famille, lui noue et lui dénoue un foulard autour de la taille en psalmodiant une sourat du Coran. Bien sûr, pour que le miracle ait lieu, il faut y croire fortement et avoir la niya (un mélange de foi et d’innocence). On peut aussi prier pour faire revenir au foyer un mari volage ou pour trouver preneur à une fille que les regards et les cœurs s’obstinent à ignorer. Le tout est d’avoir, bien entendu, de la niya, cette denrée si rare de nos jours.

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