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Tafsut (le printemps) saison de la renaissance

samedi 1er mai 2004

Dans l’Alamanach amazigh, le printemps (Tafsut) est sans doute la saison la mieux étudiée, la plus riche par ses variations météorologiques capricieuses, mais aussi parce qu’elle constitue un moment privilégié de la grande mutation de la nature, sa renaissance annuelle.

AVEC l’entrée dans Tafsut, la nature sort des rigueurs et des affres de l’hiver pour ouvrir la vie sur un nouveau cycle. Les végétaux éclosent à nouveau, la terre se couvre d’un tapis floral bariolé, la chaleur du soleil féconde les graines cachées dans le sous-sol gorgé d’eau.

Il est de coutume chez les Amazighs d’accueillir le printemps avec l’étonnement et la joie qui marquent toutes les naissances. Aussi, organise-t-on pour la circonstance un dîner particulier Imensi N’tefsut. C’est un moment de retrouvailles conviviales. Les villageois sacrifient à l’occasion des coqs fermiers, des chapons, des poulardes pour agrémenter l’incontournable couscous aux fèves (Avissar). Le repas n’a pas de caractère rituel.

La tradition consacre, à l’accueil du printemps dans la matinée du premier jour de la nouvelle saison, un ensemble de gestes répétés depuis des lustres. (Amagar n’tefsut). Les familles sortent dans les près pour y improviser des pique-niques, y organiser des jeux et surtout se rouler dans l’herbe à la gloire des divinités de la nature, fort nombreuses dans la cosmogonie berbère. Ce geste qui scelle la communion avec les éléments naturels a perdu son sens dans de nombreuses régions du pays, où la rencontre avec Tafsut est encore célébrée. "On se roule dans l’herbe pour y prendre les couleurs les parfums et les odeurs de la terre et du tapis végétal. C’est un peu comme l’abeille qui se couvre de pollen dans la fleur" explique Si El Hassan le paysan dépositaire des derniers fragments de la mémoire régionale. La nécessité du contact charnel avec la nature est sans doute ce qui reste d’instinctif, d’animal, dans notre condition humaine de plus en plus artificielle et sophistiquée.

De nombreux peuples s’adonnent à des rituels similaires ; le bain dans l’eau glacée chez les russes ou encore la fréquentation des sources thermales dans les pays du pourtour méditerannéen relèvent de ce même besoin primitif enfoui dans notre for intérieur.

Après le dîner de l’ouverture et l’accueil de Tafsut "la saison démarre par une période de dix jours dénommée Tizegwaghin (les journées rouges). Qualificatif en relation avec des crépuscules flamboyants durant lesquels, le soleil avant de se coucher met le feu aux nuages, le ciel devient pourpre durant près d’un quart-d’heure c’est "Lehmorega" explique El Hassan. Cette décade est suivie de Timgharine (les vieilles capricieuses) d’une durée de sept jours marqués par des changements de temps très rapides.

Les quatres saisons défilent dans la même journée, on a droit aux averses de pluie ou de grêle, aux éclaircies, aux froids intenses, ou encore à de grosses remontées de chaleur et de vents du sud. Du 17 au 22 mars période dite Ledjwareh (les blessures), les bourgeons éclosent, les arbres caduques se couvrent à nouveau de petites feuilles et de fleurs. La semaine qui suit le bourgeonnement "est dite Esswaleh (les jours utiles) une durée qui correspond à la nouaison de certains végétaux à l’apparition des fruits sur les arbres (7 jours). Arrivent alors Imheznen, les sept jours tristes, les premières journées d’avril marquées par la timbale des cigales durant lesquelles la chaleur s’installe. Certains animaux connaissent leur période de rut. C’est la mue irréversible de la nature, le tournant, une fin de l’hiver retardée par les quatorze jours de Ahegan, une période qui dit-on fait trembler les sangliers (Yergagui yilef). Le ciel est bouché, il fait très froid mais il ne pleut pas. C’est une période où les travaux sur les végétaux sont suspendus. Tiftirin (Les cycles) consacré sur sept jours la sortie définitive de cette mauvaise période de l’Ahegan pour ouvrir sur les chaleurs du mois de mai.

Sept journée pastorales où les paysans soignent leurs troupeaux, s’occupent des nouveaux nés que l’on sort des bergeries pour des séjours en plein air, le contact avec le sol ferme, l’herbe et les fleurs des prairies. Les pluies chaudes du mois de mai durent 14 jours elles sont appelées Nissen (les eaux fécondes). Deux semaines d’averses entrecoupées d’éclaircies, dont le sol qui commence à se fissurer a tant besoin. Les sept journées vertes Izegzawen mettent fin à la floraison, certaines céréales forment leurs épis, et les arbres arborent fièrement leurs fruits. Le printemps est alors bouclé par les sept journées jaunes Iwraghen. C’est le démarrage de la fenaison, les paysans fauchent l’avoine la vesce, la petite féverole, on entame le désherbage des prairies naturelles (Assouki- et des bocages.

L’été démarre le 30 mai par les sept journées blanches Imellalen, durée du départ des transhumances. Les bouviers et les chevriers mènent des centaines de bêtes sur les lointains pâturages du Djurdjura. C’est naturellement une autre saison.

Rachid Oulebsir

Source Depêche de kabylie

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