Ilmayen, petite kabylie

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La chanteuse Cherifa n’est plus

Elle sera inhumée, aujourd’hui à Ilmayen

samedi 15 mars 2014

Après plusieurs années de lutte contre la maladie et le dénuement, la chanteuse kabyle Cherifa a rendu l’âme, ce début de week-end à Alger, à l’âge de 86 ans. Née pour chanter, Nna Cherifa n’a fait que cela dans sa vie.

Nna Cherifa, de son vrai nom Ouardia Bouchemal, est native du 9 janvier 1926 aux Aït Halla, à Ilmayen, dans la commune de Djaâfra relevant de la wilaya de Bordj Bou-Arréridj. Comme toutes les jeunes filles de la Kabylie, la petite Cherifa n’a jamais fréquenté l’école, elle faisait paître le troupeau familial. Dans les champs, a-t-elle déjà confié, “je chante en gardant les chèvres et c’est à partir de ce moment où j’ai su que je pourrai chanter un jour à la radio”. Adolescente, elle fructifia son don d’artiste et fit abstraction de regard méprisant de la société pour les artistes. Et ce, malgré les sévères réprimandes dont elle fit l’objet de la part notamment de sa mère. Résistante et dévouée, elle fera face.
En tant que femme elle brisa le tabou et s’engagea dès l’âge de 14 ans dans la chanson. Son aventure artistique la mena à quitter son patelin et aussi une société bloquée par des préjugés pour venir à Alger et s’imposa comme une diva à la radio. C’était grâce à deux autres figures de la chanson traditionnelle, en l’occurrence Lla Yamina et Lla Zina que Nna Cherifa fait son entrée à la radio. Ceci dit, son premier rêve se réalisa. Elle s’illustra dès lors par sa voix d’or et surtout d’avoir donné à Urar Lxallat (le chant de femmes) une autre dimension. Elle sera de tous les événements et fera même une tournée à travers le pays. Ay Azwaw, Uh Ay Azerzur, Akbou, Sniwa D-Ifenjallen et tant d’autres succès de la défunte feront d’elle une icône de la chanson kabyle. Selon ses proches, elle compte entre 600 et 800 titres. Ses chansons reflètent, au fait, son propre vécu et celui de toutes ces femmes dont elle est devenue le porte-voix malgré elle. Elle a chanté l’exil, l’amour, la trahison, la misère et aussi l’espoir et la beauté. Née pour chanter, Nna Cherifa n’a fait que cela dans sa vie. A Alger où elle loua domicile, elle a vécu en solitaire. On raconte même qu’elle a travaillé, en tant que femme de ménage, dans un ministère et à la Télévision. Les mêmes informations évoquent aussi une censure systématique de ses chansons durant les années 1970. Seule face à une société dure, Nna Cherifa n’a pas baissé les bras. Son combat est noble. Poétesse héroïque, ses chants et ses mélodies demeurent des décennies après leur composition, une référence pour plusieurs artistes. Accueillie comme une diva, elle avait chanté en France et elle a fait le plein dans des salles mythiques. Au début des années 1990, elle a réuni des milliers de personnes à l’Olympia et à l’opéra de la Bastille. En 2006, accompagnée par des dizaines d’artistes, elle faisait vibrer le Zénith de Paris. Dans l’une des ses récentes sorties médiatiques, Nna Cherifa a regretté que même la famille artistique l’a abandonnée. Très affaiblie et alitée, elle a fait face à une solitude qui a pesé lourdement sur elle. Toujours selon quelques-uns de ses proches, Nna Cherifa n’a pas su profiter de son art. Elle n’aurait rien touché de ses droits d’auteur, même si, tout récemment, elle a eu droit à une reconnaissance des autorités culturelles. Après une vie mouvementée, où la défunte a tout donné pour la chanson, plusieurs dizaines de jeunes femmes ont fait l’école de Nna Cherifa à la radio. On en compte aujourd’hui plusieurs voix. À l’image de Djamila, Ldjida et tant d’autres, Nna Cherifa a su transmettre et léguer un trésor inépuisable, celui de perpétuer un chant de femme unique en son genre. Ahiha et Achewiq demeurent son identité artistique. Ils témoigneront pour la postérité que c’est grâce à une femme, née dans une région perdue de la Kabylie, comme toutes les autres, que ce genre demeure au jour d’aujourd’hui. Elle sera inhumée aujourd’hui chez elle à ilmyan, un village qu’elle a quitté pour marquer de son empreinte l’histoire de la chanson. Elle y revient pour se reposer après avoir mené un combat des plus nobles. Celui d’un artiste fait de velours dans une société faite de fer…
Mohamed Mouloudj
Liberte

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