Ilmayen, petite kabylie

Accueil > El Main > La magie au bout des doigts

Zoulikha Taouchichet

La magie au bout des doigts

mardi 30 juin 2009

Puisé au fin fond de ses origines kabyles, l’art du symbole que pratique Zoulikha Taouchichet traduit l’essentiel de la magie qui caractérise la féminité orientale en général et celle de l’Algérie en particulier. Artiste peintre depuis les années 60, Zoulikha est arrivée avec le temps, à marier ornement féminin mauresque et atavisme artistique. Partagée entre le symbolisme, l’impressionnisme et la représentation presque « ivre » de l’image, l’artiste tente d’établir tout au long de son oeuvre un lien charnel entre la thématique de la femme et la touche rigoureuse d’un pinceau à la limite du cri pour articuler l’angoisse de cette créature tourmentée, aux prises avec les mutations sociales.

Rencontrée dans sa galerie située en région parisienne, l’artiste présente ses toiles non comme des oeuvres d’art mais de façon très naturelle, presque habituée au défilé des couleurs et des symboles.

Féministe et nostalgique de son pays, l’artiste cache à peine son engagement, à travers ses touches colorées. Elle traduit le portrait de Yamma en disant : « Je nous vois cachées par des voiles attristés, alanguies, perclues de bijoux, exhibant le regard pudique transpirant l’attente, ou le mektoub... ». Puis elle ajoute : »Les femmes qui hantent mes tableaux sont des fantômes familiers qui viennent revisiter mes rêves... alors, au milieu d’un zlidji, sur le rebord d’une terrasse, devant une lourde porte, elles posent pour moi... ».

La femme laborieuse, la femme amoureuse, la femme opprimée, la femme mère ou grand mère constituent le fond de toile du monde de Zoulikha. Le pinceau à la main, elle réhabilité les prénoms du terroir algérien pour narrer l’histoire d’Aziza, les rêves de Rokia, l’angoisse de Thanina, la souffrnace de Louisa, le chagrin de Habiba, les larmes de Bahia et l’amour perdu de Djedjigha. Dans la foulée, Zoulikha ne s’oublie pas, puisque ses semblables, son imaginaire fait un tour pour prendre la toile qui porte son nom, symbole d’une « nymphe dans le ciel abreuvant la terre ».

Mais Zoulikha n’a pas la prétention d’appartenir au rang des « gisements » de la pensée artistique. Interrogée sur la thématique de la pensée artistique, elle dira : « C’est toujours la même histoire que je peins et dépeins à l’infini, celle des mères de nos mères, racontée au coin de la mémoire à nos petites filles... Je leur raconte comme la meule écrasait le blé pour donner du froment, et pourquoi on mettait du khôl et du hénné ».

Bannie par l’exil, Zoulikha décide de revenir sur la terre de ses ancêtres à El Main en tant que présidente de l’association « Source de Vie » pour conduire et animer des projets en direction des populations de la région. Son action vise à réhabiliter ou à capter des sources. Malgré sa notoriété, aussi bien dans le domaine artistique qu ’ humanitaire, celle qui a dédié plus de 500 toiles à l’Algérie et à ses femmes ne semble pas prête à remettre son pinceau puisque sa soif n’est visiblement pas encore étanchée. Elle le dit d’ailleurs à sa facon : « Il me manque juste une couleur pour crier sur mes toiles l’amour de nos mères et de nos soeurs, il me manque la couleur de l’espoir... ».

Par R. Osman, Passerelles, n° 39, mars avril 2009.

Zoulikha Taouchichet offre son tableau "Lemr" à Cherif Kheddam à l’occasion de ses 50 ans de carrière dans la chanson.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.