Ilmayen, petite kabylie

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La porte de l’Est veut s’ouvrir

samedi 26 juillet 2008, par Smail Boughazi, La Tribune

Les Bibans ou « les Portes de fer » veillent majestueusement sur la ville de Bordj Bou Arréridj. Elles sont l’ange gardien ou le saint qui garde affectueusement cette région. Cette chaîne de montagnes est la frontière naturelle entre les hautes plaines et la wilaya de Béjaïa dans le nord du pays.

Rocailleuse, elle est aussi une source, au grand bonheur des miniers de la région, de plusieurs matériaux, notamment ceux servant à la construction.

Durant notre parcours à travers la sinueuse route de l’Est, ces gigantesques monts étalent leur beauté aux visiteurs. Un paysage semi-aride sous un ciel azuré. Il faudrait contempler longuement ces monts pour disséquer quelques petites impressions. La chaleur de la journée n’a pas contraint certaines familles à se reposer au bord de la route, même si l’ombre se fait désirer ici. Entre la wilaya de Bouira et BBA, la route aussi dévoile, au fur et à mesure des kilomètres, les structures en réalisation. L’autoroute Est-Ouest commence à montrer ses bienfaits. Les distances se rétrécissent considérablement et les véhicules se reposent tout en avalant des kilomètres. C’est dire les avantages qu’offre cette infrastructure. De temps a autre, on parcourt certains tronçons réceptionnés de ce projet gigantesque. Passé les frontières de la wilaya de Bouira, la ville de BBA commence à apparaître tel un bateau à l’horizon, lequel grandit au fur et à mesure qu’il avance. A quelques dizaines de kilomètres du chef-lieu, la route devient rectiligne, tel un canon de fusil.

« Aux véhicules de prouver leurs performances », lâche le chauffeur. C’est la dernière ligne droite.

De temps à autre, on croise des poids lourds ou des semi-remorques, appelés ici « les maîtres de la route », soufflant à nos côtés et laissant derrière eux un vent « nerveux ». Activité économique oblige, leur va-et-vient prouve la densité et le dynamisme qui y règnent. Les infrastructures routières y sont aussi pour quelque chose.

Les villes de l’intérieur du pays sont généralement bâties comme des oasis au milieu du désert. C’est le cas de cette ville qui commence à faire parler d’elle, industriellement parlant. Ici, les yeux ne peuvent plus atteindre l’horizon qui s’éloigne au fur à mesure qu’on avance.


Bienvenue sur les Hauts Plateaux du pays.

Une nature sauvage et accueillante pointe son nez. La ville de Bordj Bou Arréridj, à l’image du reste du pays, offre un décor particulier. Plusieurs artères sont en chantier. Les trottoirs, les bords de la route et quelques bâtisses commencent à fleurir. Cette petite ville arrive quand même à garder un minimum de propreté, comparativement aux autres agglomérations plus spacieuses. C’est le carrefour de plusieurs wilayas, ce qui explique certainement son attractivité économique. Elle recèle des matières premières considérables. Et c’est pourquoi, les responsables de la wilaya, en estimant qu’elle sera un futur pôle industriel important, disent que sa vocation première après l’agriculture, réside dans les matériaux de construction. La wilaya est connue pour le château (ou bordj) El Mokrani, d’où l’appellation de la wilaya. C’est un vestige et un témoin historique de première importance de Bordj Bou Arréridj et l’un des rares sites touristiques de la région des Bibans.

Le château était jadis entouré de jardins, se rappellent quelques-uns. Ses champs de légumes et de fleurs ont aujourd’hui fait place au béton. Les Turcs l’avaient édifié sur un rocher de quinze mètres de hauteur, surplombant toute la ville, ce qui rend le site visible de tous les côtés et c’était aussi un poste d’observation et de surveillance. On peut voir tous les villages environnants, même ceux situés à une vingtaine de km d’où sa position stratégique pour défendre, à travers les époques, toutes les portes d’entrée de la ville et protéger du temps des invasions l’unique source d’eau appelée à l’époque Aïn Bordj. Utilisé en tant que caserne militaire durant plus d’un siècle, il a été cédé par l’armée, en 1967, à la commune. En 1993, il a été mis à la disposition de l’Agence nationale d’archéologie qui devait le transformer en musée et en bibliothèque en mémoire à la résistance héroïque et au combat de l’un des précurseurs de la lutte armée contre l’occupant français. Les montagnes de la souffrance

Le développement local fait son chemin. Le premier responsable de la wilaya qui a énuméré quelques projets en cours et des projections, n’a pas caché d’autres vérités confortées par les responsables locaux. De nombreuses localités manquent aussi de structures.

En fait, une partie de la wilaya souffre énormément du fait que c’ est une région accidentée, montagneuse, difficile d’accès et délaissée des années durant. Cette région montagneuse qui englobe plusieurs villages enregistre beaucoup de manque. En dépassant et en laissant derrière nous la localité de Medjana, à quelque 20 kilomètres du chef-lieu de la wilaya, le véhicule entame une montée sur une route ondulante. C’est la partie montagneuse de la wilaya. Ce sont les monts des Bibans qui témoignent une fois encore de la difficulté de côtoyer les montagnes. Elles sont majestueuses, difficiles d’accès. Sur les deux côtés, un paysage féerique interpelle le visiteur et l’invite à découvrir ses charmes. Ces plaines qui nous saluent juste avant de disparaître derrière nous, font place aux arbres chênes d’une beauté sublime, non pour leur étendue mais pour leur relief. Des plaines qui embrassent la montagne, laissant voir le dialogue qui se fait entre ces majestueuses montagnes et ces plaines qui étaient à une période donnée de véritables champs de bataille et de culture.

Avant d’aborder la première commune, les montagnes, avec une musique belle et apaisante, libèrent un air frais et doux mélangé à une odeur particulière, celle du liège. Ce liège, accroché malgré lui à ces monts depuis des lustres, a certainement subi les pires souffrances dont témoignent les séquelles apparentes. Les incendies et les scies ont certainement des histoires. C’est dans toute la beauté de cette nature que l’on peut aisément faire connaissance avec les villages et les communes qui se cachent derrière ces collines géantes.


A la frontière du réel

« Bienvenue à la frontière du réel », commentait un ami qui a passé son service national dans les environs. Ici, la vie ne dévoile pas tout son sens. Ces villages accrochés malgré eux au sommet et aux collines des monts de « fer » certifient et témoignent des souffrances qu’ont endurées les fils de la région pendant la lutte pour l’indépendance mais aussi pendant les années de braise qu’a connues notre pays, même si les âmes qui y vivent dédramatisent la situation. « El Mayen » (les champs) : la plaque de signalisation qui nous indique silencieusement la direction du village est usée et déformée par tant d’années d’attente pour diriger et orienter les voyageurs. « Il n’est pas loin, le village », assure notre guide. On s’en approche lentement. A l’entrée du bourg, des écoliers galopent dans tous les sens. Ils sont heureux de quitter l’école, trop tôt. Une fontaine « thala » au bord de la route jette de l’eau fraîche qui vient des hautes montagnes. « Buvez … c’est comme l’eau d’Ifri et c’est naturel », balbutie un vieux assis non loin de la source. Les premiers villages de Béjaïa sont visibles de loin, au bout de ces montagnes. « On peut facilement reconnaître les villages d’en face », dit fièrement le vieux.

Il prépare visiblement ses affaires pour rejoindre ses champs. La température a baissé d’un cran. « Ici, la fraîcheur est un trésor. Vous êtes à plus de 1 400 m d’altitude », apprend-on auprès d’un jeune du village, qui consumait son petit mégot. « C’est le moment idéal pour lui pour “bricoler” ou planter », nous dit un jeune qui lui jette un regard sans couleur. Ici, les gens ne se déplacent hors du village que pour leurs affaires ou pour faire leurs emplettes à Akbou ou à Medjana. « La route étant longue et fatigante, il vaut mieux rester à la maison », remarque un homme d’un certain âge.

Le chômage a atteint, ici, des niveaux record. Seuls les jeunes qui ont pu plier bagage et quitter le bourg pour des lieux plus cléments ont trouvé le salut, nous informe un des villageois. « Des villages entiers ont été vidés et désertés ces dernières années. Nous n’avons pas de projets qui peuvent occuper notre progéniture », affirme un autre vieux tout en esquissant un léger sourire. Il est au courant de pas mal de choses ici. Mais ce qui le chagrine beaucoup plus, c’est le logement. Plus précisément l’aide au logement. Selon ses dires, la distribution de ces aides est « brouillée ». Depuis un certain temps, il attend, en vain, son tour pour bénéficier d’une aide afin de terminer son petit logis. Des jeunes passent à côté et le saluent respectueusement. Lui, qui répond fièrement à leur gentillesse, avec la sagesse qu’on connaît des vieux, nous apprend que, chaque lundi, tôt le matin, les commerçants viennent de tous les coins et recoins et installent sur les lieux, ou l’artère principale du village, leurs étals. « C’est le marché hebdomadaire », résume le vieux, le béret collé à sa tête cachant une grande partie de son front. Cette mode qu’a su copier l’ancienne génération qui « a cravaché » et hardiment travaillé en France. Il nous montre les limites du barrage réalisé récemment au-dessous de ces collines, et qui a pu décharger ces villageois d’un souci et non des moindres : l’eau. « Depuis que le barrage a vu le jour, Dieu merci, nous n’avons plus de problèmes d’eau », se réjouit notre sexagénaire. Il fera aussi quelques malicieuses remarques sur la nouvelle infrastructure. Le barrage, plaisante-t-il, est devenu un piège unique en son genre pour les sangliers qui ne trouvent aucune autre issue en arrivant devant ce petit lac. « Depuis le début de l’année, plus de trente sangliers y ont trouvé la mort », ironise-t-il.

Djaafra, là où la chanteuse Cherifa a ouvert les yeux

Non loin du bourg, d’autres villages rappellent aussi le sort d’« El Mayen ». Djaafra est un autre exemple du marasme et des difficultés quotidiennes qu’affrontent ces villageois au front bronzé. Les élus de cette petite bourgade sont sur le qui-vive. Ils devaient boucler le travail avant le jour J, pour fêter le

8 Mai. Une panoplie d’activités est au menu pour célébrer cette date chère au pays et à la région. Elle a vu plus de trois cents de ses fils, les plus valeureux, tomber au champ d’honneur pendant la guerre de libération nationale. Près du centre, qui sera inauguré parallèlement, un engin vrombit, ronfle pour défricher les espaces environnants. Quelques mètres plus bas, le siège de l’APC atteste la situation de la commune. La peinture a changé de couleur. Et ce, même si l’un des employés nous apprend qu’il a été rénové il y a à peine deux ans. Face au siège de l’édile, un café maure est archicomble. Toutes les tables ont été prises d’assaut. Le son des claquements des pièces de dominos sur les tables brise le silence et retentit même à l’extérieur. « Ce sont des travailleurs qui consomment le temps libre avant de rejoindre leur poste », plaisante le serveur qui nous offre un thé à la menthe. « Ils sont ici pour la pause de midi puis regagnent leur place, la majorité sont des employés de l’APC ou de l’école et du lycée » lance-t-il. Le chef-lieu de la commune surplombe un chapelet de crêtes. De là, on peut aisément voir les dizaines de villages perchés sur les hauteurs. « Ils sont là depuis des siècles », affirme fièrement l’un des villageois, qui s’affaire à regagner son lieu de travail, sous le soleil qui darde chaleureusement ses rayons sur le village. « Une nature sauvage », tonne-t-il. Il nous apprend que cette région a donné un millier de chouhada pendant la Révolution. Les élus de la commune affichent la ferme volonté de bâtir et aménager le chef-lieu de la commune.

Quand on rencontre ces élus, dont certains sont originaires d’Alger, la question du développement local revient sur toutes les lèvres. « Nous avons actuellement plusieurs programmes en cours, lesquels à leur réception changeront le visage de la commune », promet l’un d’eux. Pour le taux de chômage dans la commune, les élus ont préféré parler plutôt de la question de l’exode qui a occasionné un retard flagrant à cette petite bourgade.

Mais les responsables ne désespèrent pas de voir un jour leur lieu d’enfance changer de visage. En fait, selon leur dires, des études sont en cours actuellement pour la réalisation de stations climatiques et faire valoir les ressources touristiques de la région. Ils pensent qu’à cause d’une situation géographique désavantageuse, la commune et ses voisines n’ont que cette éventualité pour sortir de l’anonymat et inscrire leurs noms au niveau de la wilaya.

Déjà, affirment-ils, « des familles commencent a revenir » après l’entame de plusieurs projets au niveau de la région. « Le gaz est presque acquis, les routes sont en chantier » énumèrent-ils, entre autres. Pour l’aide au logement, les élus ne cachent pas qu’elle est très demandée. « Nous avons plus de 1 000 demandes actuellement », évalue M. Mohamed Arkoun. « Depuis cinq ans, la commune a entrepris plusieurs projets. L’assainissement, le gaz, les routes, la réalisation d’un lycée, l’auberge de jeunes que vous avez visitée sont, entre autres, les projets phares.

Et ceci contrairement, à la période d’avant 2002 », tente de résumer notre interlocuteur. Cette commune, nous apprennent les élus rencontrés, a l’honneur d’avoir enfanté la célèbre chanteuse kabyle Cherifa. Pour l’un d’eux, « c’est déjà une fierté pour nous et pour toute la wilaya de BBA ».

S. B.

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